De la photographie amateur au mouvement des photocorrespondants
Sovetskoe foto et la transformation de la pratique photographique en URSS

Arkadi Chaïkhet, foule de correspondants et de reporters photographiques en excursion dans les usines de Moscou, couverture de Proletarskoe foto, no 1, janvier 1932.

Des années 1920 jusqu’au début des années 1930, le journal Sovetskoe foto s’employa à soutenir durablement le développement d’une presse illustrée spécifiquement soviétique. Ce projet se donnait pour mission principale de former, voire de rééduquer les photographes amateurs afin de servir les besoins de la presse. Idéalement, les amateurs étaient censés se transformer en photographes ouvriers – une évolution aux conséquences politiques, thématiques et organisationnelles. En tant que photographes et correspondants ouvriers, ils devaient fournir à la presse des images authentiques illustrant la construction socialiste. Aux yeux des éditeurs et de la rédaction de Sovetskoe foto, cette transformation devait s’opérer à grande échelle. Cet article analyse ces tentatives d’intégration de masse des photographes amateurs au mouvement des correspondants ouvriers et les raisons de leur échec. Ce projet de transformation utopique fut en effet incapable de tenir compte des inclinations personnelles des photographes et de lever les obstacles pratiques auxquels ils étaient confrontés.

Emily Joyce Evans a étudié l’histoire de l’art, l’allemand et le russe au Smith College, à l’Universität Hamburg et à l’University of Illinois. Elle a travaillé pour le musée Ludwig, la Manifesta 10, et aux éditions De Gruyter. Elle collabore actuellement avec la Neue Nationalgalerie à Berlin. Ses écrits ont notamment été publiés dans des catalogues d’exposition, des revues, le Art Market Dictionary (dont elle a supervisé l’édition) et dans un catalogue à paraître recensant toutes les oeuvres de 1905 à 1945 conservées à la Nationalgalerie.

Transbordeur
Revue annuelle